édition 2024 - 2025 La Turballe - Marseille - Madère - Martinique

Silence du large ;-)

Après les flots de textes de ces derniers jours, c’est presque silence radio cet après-midi : les concurrents sont sans doute tout à leur bonheur du soleil retrouvé et, au regard des vitesses de certains concurrents sur la route médiane, concentrés aussi sur une glisse la plus véloce possible vers la Martinique !

(Demain, en transit, le rythme des news sera un peu perturbé)

 

Pascal Bernebe et Eric Chalaux (Pour Aster Bretagne) : l’histoire du Vit-de-Mulet

L’histoire du vit de mulet 
Ça connaissait vous l’histoire du Vit-de-Mulet
Oui, sûrement
Une traversée sans histoire de vit-de-mulet n’est pas une traversée disaient les vieux marins (enfin ceux qui ont plus de quarante années à compter)
Mais celle-ci n’est pas banale 
Un vit-de-mulet, en plein Atlantique, décida d’aller faire sa vie
Alors que le fringant voilier vogue lui aussi vers une nouvelle vie sous le soleil de la Martinique
Ou alors, est-il top pressé et son équipage trop lent pour son désir de chaleur 
Nul ne sait et qu’importe si un but-de-mulet veut rejoindre l’île aux fleurs à dos de poissons volants 
Mais. C’était sans compter, sur l’obstination de nos deux marins. Pascal et Éric, bien décidés à le garder à bord. Tu auras tout le temps de gambader une fois arrivé, reste avec nous, supplièrent ils ? Rien n’y faisait, le vit de mulet n’en faisait qu’à sa tête de bôme 
Et bien nous deux marins, forts de quelques lectures de jeunesse, l’attachèrent solidement au piquet, façon chèvre de monsieur Seguin, autre animal épris de liberté et d’aventure 
De « Pour Aster Bretagne « 
Pascal et Éric

 

Alex Ozon (Sapristi) : au gré des grains

Alors que l'on fait route directe sur la Martinique, nous sommes "enfin" à moins de 1000 milles de l'arrivée, ce qui n'est pas rien.
On avance au gré des grains cette nuit pas très violent mais qui requiert de l'attention 25 26kts pour l'un mais surtout du côté où tu es bascule qui t'arrange ou non et si passage dans sillage tu pleures car quasiment plus de vent. Donc la nuit pendant que vous vous reposez bien tranquillement, on fait mumuse avec nos copains... à moins que ce soit eux qui font mumusent avec nous !!!
Aujourd'hui va être mou et cette nuit aussi même si en milieu de nuit le vent devrait reprendre un peu de watts.
Faut kan même savoir que le vent fait avancer le bateau alors merci de faire un ptit effort.
Je vais vous laisser pour essayer d'ajuster au mieux ma trajectoire car même si c'est tout droit ça ne l'est jamais vraiment.
Belle journée à vous d'un endroit tranquillou

 

Jean-Marc Trihan et Bertrand Géraud (Pour Ecomore) : Explications des raisons de notre abandon pour avarie de barre.

Dès le mardi matin (01/02) nous avions commencé à ressentir des problèmes de barre qui devenait de plus en plus imprécise pour diriger le bateau, notamment des phénomènes de décrochage, de cavitation et une difficulté grandissante pour maintenir le bateau sur sa trajectoire sous spinnaker dans une mer formée.

Nous avons finalement fait un "départ à l'abattée" (une sortie de route) sous spinnaker alors que les conditions (20 nœuds de vent seulement) étaient relativement faciles. Le bateau avec le spi dans l'eau s'est un peu couché sur l'eau et à fait du sur place et même marche arrière avec les vagues. Une fois le bateau redressé et le spi rentré et démêlé, on refait partir au plus vite le bateau et on renvoie ce spinnaker. Alors dans le sillage, nous voyons un énorme bouillonnement qui nous a fait penser que nous avions un tas d'algues ou un sac plastique dans le safran. On affale donc à nouveau le spi et la grand-voile, on se penche à l’arrière pour voir qu'il n'y avait pas d'algues mais que le safran bâbord était totalement bloqué, à  l'envers (bord de fuite vers l'avant et surtout avec 20 degrés d'écart par rapport à  l'axe du bateau, ce qui interdit toute navigation rapide, surtout sous spi.... Le blocage est dû au fait que le safran en raison de sa forme s'est coincé au niveau du bord de fuite qui s'est encastré sous la coque en provoquant un impact dans la coque qui le bloque totalement dans cette position. Ainsi La pelle de safran bâbord qui était libre depuis quelques heures ce qui explique qu'un seul safran faisait le travail (raison de la perte de contrôle progressive) et que ce safran bâbord devenu libre s'est retourné vers la coque lors d'une marche arrière du bateau lors du départ à l'abattée qui a couché le bateau. 

Pendant plus d'une heure nous avons essayé en vain de débloquer ce safran jusqu’à passer un bout repris sur un winch. Rien n'y a fait.

La course était donc terminée pour nous. 

Nous avons alors renvoyé la Grand-Voile réduite à 2 ris et un foc pour voir dans quelles directions il était possible de faire route avec le seul safran tribord en service et celui bâbord bloqué l’envers avec un biais de 20 degrés. (C’est comme si une roue avant de voiture ouvrait de 20 degrés...) Le bateau pouvait encore se manœuvrer à vitesse réduite mais ne pouvait plus remonter au vent. Une route au vent de travers plein Nord était envisageable. Nous avons donc décidé de rallier Horta aux Açores à  220 miles (400km) sur un seul bord tribord amure à faible vitesse  avec la barre libre qui lofe en permanence pour contrer la barre bloquée qui cherche à faire tourner le bateau à gauche.

 Si cette avarie s'était produite 1 jour plus tard, nous aurions été obligés de continuer vers les Antilles car nous n'aurions pas pu rallier les Açores. Heureusement aussi le vent est resté modéré et stable en direction.

A Horta, deux jours plus tard un chantier est intervenu. Dans le calme de la marina, il a fallu 2 heures à 3 personnes ainsi qu'un démontage partiel pour réussir à abaisser de 20mm et décoincer le safran encastré dans la coque. Nous n'avions donc aucune chance de pouvoir le faire en mer et continuer la course.

Nous avons aussi retrouvé une pièce mécanique (clavette) tombée dans le fond et consécutif au desserrage de la vis qui devait assurer la liaison du palonnier à la mèche de safran.

Cette vis s'est desserrée, ce qui a fait tomber la clavette et provoqué la suite.

Une pièce aussi importante que cette vis aurait du être collée avec du frein filet car les vibrations sont importantes sur un bateau de régate. Ce n'était pas le cas.

D'autre part cette vis est quasiment inaccessible par le coffre arrière qu'il est dangereux d'ouvrir en pleine mer car l'eau s'y engouffre facilement. Raison de plus pour un collage de cette vis qui a manqué sur notre bateau.

Enfin la perforation de la coque aurait pu générer une voie d'eau que nous n'avons heureusement pas eu.

Voici donc ce qui s'est passé,  nous n'avons heurté aucun animal, ni OFNI ( objet flottant non identifié), il aura juste manqué que cette vis soit sécurisée par collage. 

Jean Marc et Bertrand